La maladie, on l'affronte. Le plus dur est de faire valoir les droits des malades et défendre leurs intérêts.
A partir d'un certain stade, la personne devient incapable de gérer ses affaires et se trouve régulièrement harcelée par les débiteurs.
Si vous voulez gérer ses affaires, sa banque vous dit qu'il faut une autorisation de la justice, et votre mère peut mourir de faim en attendant, ce n'est pas son problème. Ici aussi, on sait ouvrir le parapluie.
Vous mettez votre maman en maison de retraite ? Elle ne peut pas signer un chèque et vous non plus, si vous n'avez pas une procuration acquise quand il était encore temps. Que faire, sinon avancer les fonds ? Ce n'est pas à la portée de tous.
On vous dit : mettez-la sous tutelle. Compte tenu des délais pour obtenir les pièces justificatives et des lenteurs de la justice, ça prend au moins six mois, qui sont six mois de vide juridique. En attendant, vous ne pouvez rien, pas même vendre sa maison pour placer l'argent.
Votre maman a-t-elle des garanties auprès des assurances ? Elle l'a oublié, et si vous retrouvez les papiers, sa mutuelle n'arrête pas de vous retourner le dossier parce qu'il n'est jamais complet...
Dans le cas de ma mère, seul le conseil général a agi avec compassion et humanité, pour la procédure d'attribution de l'allocation personnalisée d'autonomie.
Ailleurs, on se heurte à des murs d'indifférence, quand ce n'est pas de bêtise ou d'incompétence. Face à de pareils adversaires, que peut la commission Théodule ?
Jean-Claude Porchier
Notre mère – 85 ans – est atteinte d'Alzheimer depuis plus de 6 ans, mais nous avons la chance que le médicament prescrit soit efficace et ralentisse la progression de la maladie. Nous avons pu gérer petit à petit et faire face comme nous le pouvions.
Cependant, nous avons été confrontés à des difficultés particulières, parce que notre mère vit dans un village rural, et que si les conseils généraux attribuent bien l'allocation personnalisée d'autonomie, il n'y a aucune structure à moins de 25 km permettant de la prendre en charge (pour la rééducation orthophonique par exemple, envisagée à un certain moment et à laquelle il a fallu renoncer).
Nous avons choisi de recruter nous-mêmes des personnes, non qualifiées (les qualifiées n'existent pas), sur des critères humains, que nous suivons du mieux possible mais d'un peu loin. Nous avons renoncé aux organisations patentées d'aide à domicile, parce que la correspondante locale ne pouvait pas nous assurer une présence quotidienne (et demander que ce soit toujours la même personne était inenvisageable).
Nous travaillons avec deux personnes, quatre heures par jour, le reste du temps, notre mère est seule, mais pour l'instant elle n'a pas mis sa vie en danger, donc nous continuons. Ce que nous constatons, c'est que le fait d'être chez elle est très rassurant pour elle, elle y est bien, elle y a ses repères.
Nous pensons (nous sommes trois enfants) qu'il vaut mieux qu'elle soit chez elle, même si les risques existent (qui vient la voir ? Ferme-t-elle bien ses portes ? Si elle tombe elle sera plusieurs heures sans que qui que ce soit s'en aperçoive, etc.), dans un lieu qui ne la désoriente pas.
Nous savons simplement que ses voisins regardent discrètement ce qui se passe dans son environnement extérieur, et la présence des aides de vie l'aide à garder certaines facultés intellectuelles, surtout par les jeux de sociétés, qui font partie de travail que nous leur demandons.
Nous nous sommes aperçus que contrairement à ce qu'elle nous disait elle avait une vie sociale (visite de voisins parfois un peu envahissants pour les employés) et que continuer à lui faire faire ses courses, à lui faire acheter des cadeaux pour ses petits enfants, à la conduire voire sa famille ou des amis (qui se raréfient) lui étaient bénéfiques, ou peut-être à nous en fait.
Nous la gardons dans le monde des vivants, mais c'est difficile : les repas de famille deviennent très compliqués, elle ne sait plus chez qui elle est, qui est autour de la table, pourquoi nous sommes tous réunis, et les questions se répètent toute la journée, agaçant l'enfant qui s'est chargé d'elle ce jour-là. De plus, il faut faire attention à tout. Manger une paëlla, il y a quelques mois, fut une vraie épreuve, j'ai récupéré la moule entière dans sa bouche et j'ai pris les crevettes pour les lui éplucher. Maintenant nous devons vérifier qu'elle se lave, qu'elle mange (et pas seulement des gateaux secs ou du chocolat), qu'elle change de vêetements... La télé vient de tomber en panne, nous en avons acheté une neuve, ce n'est pas sûr qu'elle sache l'allumer, parce que ses repères anciens sont perdus.
Si elle a déprimé au début de la maladie, maintenant pour elle tout va bien, elle n'a aucune conscience de l'état dans lequel elle est, et tant mieux en fait.